par Jasper Ward
L'État de New York est devenu mardi le premier État américain à suspendre la construction de nouveaux grands centres de données, en imposant un moratoire d'un an sur fond d'inquiétudes croissantes quant à l'impact de ces infrastructures, essentielles à l'essor de l'intelligence artificielle, sur les coûts énergétiques, les ressources en eau et les populations.
Cette décision place New York à l'avant-garde d'un débat national grandissant sur la régulation des infrastructures nécessaires au développement de l'intelligence artificielle.
Tandis que les groupes technologiques accélèrent la construction de centres de données, des législateurs et régulateurs dans des dizaines d'États examinent des mesures visant à limiter leur impact sur les réseaux électriques, les factures d'électricité et les riverains.
"En raison des risques que représente le développement des centres de données, qui pourrait faire grimper les factures d'électricité, épuiser nos ressources naturelles et créer de l'incertitude pour les habitants de New York, il est de ma responsabilité d'agir et de montrer la voie", a déclaré la gouverneure démocrate Kathy Hochul, précisant vouloir également promouvoir une législation visant à supprimer les exonérations de taxe sur les ventes dont bénéficient les grands centres de données.
L'interdiction de construction concerne les centres de données consommant 50 mégawatts ou plus, ont précisé les services de la gouverneure.
Durant le moratoire, le département de la protection de l'environnement de l'État n'accordera plus de permis discrétionnaires pour des projets qui n'ont pas déjà été jugés complets, selon ces mêmes services.
Kathy Hochul a par ailleurs demandé aux autorités de l'État d'élaborer une étude d'impact environnemental générique afin de garantir que les futurs centres de données respectent des "normes cohérentes", et d'évaluer les effets potentiels de leur construction et de leur exploitation.
La suspension sera levée une fois ces normes finalisées, selon son cabinet.
L'expansion des centres de données aux États-Unis fait grimper la demande en électricité — et les factures — sur de vastes portions du territoire, suscitant une opposition croissante au niveau local et politique.
Seul un Américain sur trois approuve le rythme actuel de construction de centres de données et la majorité s'opposerait à l'implantation d'un tel site dans sa propre communauté, selon un récent sondage Reuters/Ipsos.
Des dizaines de parlements d'États ont présenté des projets de loi visant à limiter l'impact des centres de données sur les factures d'électricité et l'environnement. New York est le premier à instaurer un moratoire complet.
En avril, la gouverneure démocrate du Maine, Janet Mills, a mis son veto à un projet de loi prévoyant un gel similaire.
En mai, plus de 12 gigawatts de nouvelles capacités à forte consommation d'énergie, dont des centres de données, étaient en attente de raccordement au réseau électrique de l'État, selon un rapport récent de l'opérateur indépendant du réseau de New York.
L'État affiche par ailleurs la huitième électricité résidentielle la plus chère des États-Unis, selon des données du département américain de l'Énergie.
(Jasper Ward à Washington; avec Laila Kearney, Courtney Rozen et Valerie Volocvici; version française Nicolas Delame)

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